Albert Dechambre
Docteur en philosophie et lettres

Université de Liège
Unité de recherche Phénoménologies

albert.dechambre@skynet.be

 

Introduction
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Table des matières

Bibliographie

 

 

 

 

 

 

L'époque critique de l'écriture

 Essai sur la convergence réflexive

Albert Dechambre - décembre 2005

Appendice 1 – Précis de L’avance de la conscience

 

« La conscience est toujours en retard ou en avance, jamais contemporaine. » (Maurice Merleau-Ponty , Le philosophe et son ombre, dans Signes, Gallimard, folio essais, 1960, p. 269)

Cette synthèse rapide introduit le second volet de cette enquête : L’avance de la conscience -  convergence réflexive de la philosophie de l’esprit et de la phénoménologie

Je formulerai d’abord une position épistémologique qui émerge des théories récentes de la conscience, toutes inspirées par le soupçon que le schéma dedans-dehors est inopérant aussi bien pour comprendre le phénomène de la conscience que pour l’expliquer empiriquement. 

L’étude de la conscience ne peut être menée sur les plans de référence de la psychologie, de la neurobiologie et de la physique que si elle est dirigée depuis un plan phénoménologique qui est l’expérience intégrale de Ricœur. Celle-ci constitue le « référentiel » de la recherche fondamentale.

Sur le plan d’immanence, c’est un système complexe de « signifiés flottants » et de « memes » produits par l’écriture et l’activité symbolique en général au cours de l’évolution culturelle et un paysage mouvant de singularités.

Sur les plans de référence, c’est un espace de travail largement distribué dans le cerveau (Changeux), un champ global régi par une causalité systémique (Searle), une machine virtuelle (Dennett).

Phénoménologiquement, elle est caractérisée par la présence dans l’action (l’intention-en-action) plutôt que par le présent perceptif, trop imprégné par la physique naïve, et par son caractère diffus, se diffusant dans l’environnement culturel façonné par l'ensemble des consciences.

Nous pouvons alors affirmer que la conscience est globalement en avance sur les processus internes automatiques, les routines, les simples réactions, les manifestations de l’intentionnalité corporelle qu’elle initie, que nous pouvons associer globalement à la mémoire habitude de Bergson ou encore au mode d’être du Dasein comme « impropriété » . Elle est en avance sur ses propres objets parce qu’ils sont en elle en puissance, sous son action.

Hors pathologies, le cerveau est ainsi une « matière neuronale silencieuse » (Ricœur), le simple « véhicule de l’action », un effet de la mémoire collective plus qu’il n’en est la cause (Bergson). Il agit donc comme opérateur intensif où s’inscrivent de manière provisoire ces « signifiés flottants » et ces « memes ». Si bien que nous pouvons dire, sans dommage phénoménologique et sans réductionnisme, à la manière de Deleuze que « c’est le cerveau qui pense »,  que « le cerveau est l’esprit même. » ou encore que « c’est le cerveau qui dit Je, mais Je est un autre ». Au moment où le cerveau « parle », « lit » ou « écrit », la différance l’a déjà devancé.

Cette perméabilité du « dedans » et du « dehors » cette circulation continue, produit une forme plus puissante de l’intentionnalité que je décris comme diffusion de la présence, contre-concept de la présence différée indéfiniment (Derrida).

L’explication intentionnelle est le niveau pertinent d’explication des phénomènes conscients au niveau personnel et intersubjectif. Cette explication est néanmoins une explication réelle car elle est reliée au monde naturel, comme une propriété émergente des niveaux physiques plus fondamentaux. Les relations intentionnelles viennent s'engrener (mesh) dans les relations causales dans le cerveau mais cette concession ne remet pas en cause la logique quasi transcendantale de l’explication intentionnelle  car la relation d’engrenage est symétrique. Nous pouvons dire de manière équivalente que les relations causales viennent s’engrener dans les relations intentionnelles. Il faut s’affranchir de la causalité que l'enfant découvre à l'occasion de ses premières expériences, comme un « pousser / tirer » pour s’imprégner de cette « causalité » des raisons, où les relations internes entre les raisons et les relations entre les raisons et le comportement sont à la fois logiques et causales

Entre Searle et Dennett, Deleuze et Derrida se produisent des échanges indécidables mais vertueux : le champ global est l’autre face de la conscience fictionnelle, le cerveau-esprit est le champ des écarts et des différances qui se renvoient l’un à l’autre indéfiniment. Dans tous les cas, le sujet n’est pas en dehors de la boucle, il est la boucle (You are not out of the loop, you are the loop), le sujet de sa propre différance.

Le thème de « l’avance de la conscience » n’est lui-même qu’une face de la pièce dont l’autre est « le retard de la conscience », où nous lisons indifféremment « qu'il n'y a pas d'immanence absolue de la conscience, mais toujours et à perte de vue, une contamination du dedans par le dehors, de l'immanence par la transcendance, de la constitution par le constitué, un enchevêtrement de l'activité et de la passivité ? » (Daniel Giovannangeli, Le retard de la conscience, p. 13)

Ce rapport curieux soulève le problème de l’arraisonnement de la conscience et de l’esprit par la culture. La culture est-elle une machine à écrire l’esprit ? Mais, si la conscience est conscience de ce phénomène, n’a-t-elle pas aussitôt la solution ?

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