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Introduction:
Domaine de recherches : Université de Liège,
Belgique
Rue de sélys, 24 -
4043 Chaudfontaine, BELGIQUE |
Essai sur la convergence réflexive Le diagramme Deleuze-Derrida de la double différenciation
Ce
diagramme illustre une des hypothèses de cet essai, à savoir que nous
pouvons traiter la différance comme une différence de différence si
nous considérons celles-ci depuis un « ailleurs » de la phénoménologie.
Il s’applique ici à la phénoménologie matérielle. Le diagramme
illustre également les distributions nomades de Deleuze dont nous pouvons
suivre la trajectoire depuis le point de vue d’un naturalisme étendu
(qui s’inspire de son naturalisme baroque). Comme
dans les diagrammes de Minkowski, les « événements » ou les
« singularités » philosophiques peuvent être rapportés à
deux référentiels figurés par deux systèmes d’axes. Le
premier système d’axes (x, y) représente les frontières qui découpent
le diagramme en quatre zones, mais nous pouvons imaginer que les zones
Husserl, Derrida, Henry (celle des « phénoménologues
post-husserliens ») viennent par rotation occuper le premier
quadrant. Le second référentiel, que j’appelle différantiel, (x’,
y’) permet de considérer tous ces événements depuis un autre point de
vue, l’ailleurs. Dans cette mesure, c’est un nouveau renversement de
la phénoménologie matérielle qui apparaît entre ces deux nouveaux
axes. Les
différences que la critique interne cherche dans la phénoménologie matérielle
ou dans la phénoménologie de la Vie, ou celles que Henry revendique à
l’égard de la phénoménologie du monde (j’en ai représenté trois
au moyen de flèches bleues, la troisième étant une question de
Henry lui-même, I256) développent une série que je mets en parallèle
avec une série hétérogène que nous pouvons associer à la philosophie
de l’esprit naturaliste qui puise son inspiration dans la biologie évolutionniste
et dans les neurosciences. Du point de vue différantiel, ces questions
constituent autant de forces permettant de faire communiquer les deux séries
(les flèches rouges en tirets). De
même, les questions posées depuis un point de vue médian, un
entre-deux, par Merleau-Ponty, Ricœur, Varela, Searle et Dennett,
induisent par leur force différantielle induisent un mouvement de différenciation
du champ scientifique en faveur d’une meilleure intégration de la
question phénoménologique au sens le plus large (hétérophénoménologie,
neurophénoménologie, phénoménologie de l’écart rationnel, etc.).
La
question de la présence originaire est le sol de toutes ses différenciations,
en particulier celles de Henry et Derrida dans deux directions opposées.
Le premier déplace la frontière de la phénoménologie pour y inclure la
zone de la présence pure, l’autre scène où se joue la pièce sans fin
de l’auto-révélation de la Vie. Mais c’est l’idée d’un écart
irréductible entre la présence originaire et les formes de vie, analysée
par Derrida dans le champ de l’écriture, qui déclenche le
bouleversement global des frontières, en particulier le partage de
l’empirique et du transcendantal, des entités constituées et
constituantes. L’idée d’une présence toujours différée (du sens
des marques symboliques) favorise l’émergence d’une nouvelle
conscience des écarts constitutifs de toutes les formes de vie. La leçon
la plus profonde que nous pouvons tirer de la différance est peut-être
qu’elle maintient les deux sens de l’écart comme mise à l’écart
et écartement, nous mettant en position de concilier une approche
continue de la conscience et du sujet comme champ global et présence
diffuse et une approche discontinue, moteur de la différenciation de
l’embryologie à l’évolution memétique.
Qu’il
soit bien clair que la différance est un effet de perspective comme la
contraction des longueurs l’est dans les diagrammes de Minkowski. La
question de la diversité du vivant, par exemple, posée par Sebbah
(CPH94), par Henry lui-même, relayée par Laoureux (IL206) ne fait une
différance interne que d’un point de vue naturaliste. Réciproquement,
Searle fait une différance interne au sein de la philosophie de
l’esprit si nous voyons sa théorie de l’écart du point de vue
phénoménologique. Cela signifie également que le point de vue radical
de Henry conserve une validité mais qu’il est peu susceptible de
produire une évolution et surtout des échanges interdisciplinaires. La
présence pure dans l’auto-affection ou l’auto-révélation apparaît
ainsi comme une forme de vie singulière qui tente de résister à la différance
mais qui se condamne à rester isolée ou stérile. Aussi,
la philosophie de Michel Henry n’a pas pour moi un intérêt intrinsèque.
C’est d’ailleurs sa position anti-scientifique caricaturale qui
provoque le mouvement de la différance. Elle révèle pourtant
l’essentiel grâce à sa radicalité et sa profondeur singulière :
côté phénoménologie, elle éclaire d’une nouvelle lumière le projet
scientifique de Husserl, côté philosophie de l’esprit elle dégage indépendamment
de celle-ci, les lignes de force d’une véritable théorie de la
conscience et de l’esprit humain : son caractère systémique
et son immanence sans limite. |
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